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Citation

 

"Avant d'expliquer aux autres mon [écrit], j'attends que d'autres me l'expliquent. Vouloir l'explique'r d'abord, c'est en restreindre aussitôt le sens; car si nous savions ce que nous voulions dire, nous ne savons pas si nous ne disions que cela."

André Gide, Paludes

Le poème du jour

Lundi 19 février 2007 1 19 02 2007 17:26

Pour toi mon amour

 

Je suis allé au marché aux oiseaux

Et j'ai acheté des oiseaux

Pour toi

Mon amour

Je suis allé au marché aux fleurs

Et j'ai acheté des fleurs

Pour toi

Mon amour

Je suis allé au marché à la ferraille

Et j'ai acheté des chaînes

De lourdes chaînes

Pour toi

Mon amour

Et puis je suis allé au marché aux esclaves

Et je t'ai cherchée

Mais je ne t'ai pas trouvée

Mon amour

Jacques Prévert (Paroles, 1946)

Par nath
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Lundi 26 février 2007 1 26 02 2007 08:00

 

 

La ronde autour du monde

 
 

Si toutes les filles du monde voulaient s'donner la main,

Tout autour de la mer, elles pourraient faire une ronde.

 

Si tous les gars du monde voulaient bien êtr'marins,

Ils  f'raient avec leurs barques un joli pont sur l'onde.

 

Alors on pourrait faire une ronde autour du monde,

Si tous les gens du monde voulaient bien s'donner la main.

 

 

Paul Fort (Ballades françaises)

Par nath
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Lundi 5 mars 2007 1 05 03 2007 02:00

 

 

La vie court

 

 

Si les hommes demandent des preuves

que veux-tu que je dise d'autre

mon amour

 

Ton nom

 

J'invente des miracles

pour que mes amis t'aiment

je fais un soleil fou

de l'ombre de ta voix

 

Je parle et tu me suis

ma charnelle deserte

mon amour que je ne connais pas.

 

Jean Sénac, Les Désordres, 1972.

Par nath
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Lundi 12 mars 2007 1 12 03 2007 06:57
 
Je dis poème du jour mais ce serait peut-être plus le poème du lundi…
Bref, un poème que je connais quasiment par cœur à force de la faire réciter à mon élève de CE2…. Je vous en fait profiter… d’autant plus qu’on l’a tous appris à l’école… Séquence souvenir donc en ce lundi…
 
Déménager
  Quitter un appartement. Vider les lieux.
  Décamper.  Faire place nette. Débarrasser  le
  plancher.
  Inventorier ranger classer trier
  Eliminer jeter fourguer
  Casser
  Brûler
  Descendre desceller déclouer décoller dévisser
  décrocher
  Débrancher détacher couper tirer démonter
  plier couper
  Rouler
  Empaqueter emballer sangler nouer empiler
  rassembler entasser ficeler envelopper protéger
  recouvrir entourer serrer
  Enlever porter soulever
  Balayer
  Fermer
  Partir
                                                   Georges PEREC 
                                          Espècesd’espaces
                                                   éd.  Galilée
 
 
Par nath
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Lundi 19 mars 2007 1 19 03 2007 05:55
 
Un poème qui me trotte dans la tête depuis quelques temps et que j'adore.... je vous en fait profiter....
 
la complainte du progrès
 
Autrefois pour faire sa cour
On parlait d'amour
Pour mieux prouver son ardeur
On offrait son cœur
 
Maintenant c'est plus pareil
Ça change, ça change
Pour séduire le cher ange
On lui glisse à l'oreille
- Ah, Gudule!
 
Viens m'embrasser
Et je te donnerai
Un frigidai-reu
Un joli scootai-reu
Un atomixai-reu
Et du Dunlopillo
Une cuisiniè-reu
Avec un four en ver-reu
Des tas de couvai-reu
Et des pellagâteaux
 
Une tourniquette
Pour faire la vinaigrette
Un bel aérateur
Pour bouffer les odeurs
 
Des draps qui chauffent
Un pistolet à gaufres
Un avion pour deux
Et nous serons heureux
 
Autrefois, s'il arrivait
Que l'on se querelle
L'air lugubre on s'en allait
En laissant la vaisselle
Maintenant, que voulez-vous
La vie est si chère
On dit rentre chez ta mère
Et l'on se garde tout
- Ah, Gudule!
 
Excuse-toi
Ou je reprends tout ça
Mon frigidaire
Mon armoire à cuillères
Mon évier en fer-reu
Et mon poêle à mazout
Mon cire-godasses
Mon repasse-limaces
Mon tabouret à glace
Et mon chasse-filous
 
La tourniquette
A faire la vinaigrette
Le ratatine-ordures
Et le coupe-friture
 
Et si la belle
Se montre encor cruelle
On la fiche dehors
Pour confier son sort
 
Au frigidai-reu
A l'efface-poussiè-reu
A la cuisiniè-reu
Au lit qu'est toujours fait
Au chauffe-savates
Au canon à patates
A l'eventre-tomates
A l'écorche-poulet
 
Mais très très vite
On reçoit la visite
D'une tendre petite
Qui vous offre son cœur
 
Alors on cède
Car il faut qu'on s'entraide
Et l'on vit comme ça
Jusqu'à la prochaine fois
Et l'on vit comme ça
Jusqu'à la prochaine fois
 
 
Boris Vian, 
textes et chansons.    
 
Par nath
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Lundi 26 mars 2007 1 26 03 2007 03:12

 

J'ai toujours apprécié ce poème de Baudelaire, je vous en fait profiter... il est d'ailleurs très connu ...

 

Le chat - Les Fleurs du mal (XXXIII)


Viens, mon beau chat, sur mon coeur amoureux ;
Retiens les griffes de ta patte,
Et laisse moi plonger dans tes beaux yeux,
Mêlés de métal et d'agate.

Lorsque mes doigts caressent à loisir
Ta tête et ton dos élastique,
Et que ma main s'enivre du plaisir
De palper ton corps électrique,

Je vois ma femme en esprit. Son regard,
Comme le tien, aimable bête,
Profond et froid, coupe et fend comme un dard,

Et, des pieds jusques à la tête,
Un air subtil, un dangereux parfum,
Nagent autour de son corps brun.

Charles Baudelaire

Par nath
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Lundi 2 avril 2007 1 02 04 2007 00:55

 

Les mains d'Elsa

 

Donne-moi tes mains pour l'inquiétude
Donne-moi tes mains dont j'ai tant rêvé
Dont j'ai tant rêvé dans ma solitude
Donne-moi te mains que je sois sauvé

Lorsque je les prends à mon pauvre piège
De paume et de peur de hâte et d'émoi
Lorsque je les prends comme une eau de neige
Qui fond de partout dans mes main à moi

Sauras-tu jamais ce qui me traverse
Ce qui me bouleverse et qui m'envahit
Sauras-tu jamais ce qui me transperce
Ce que j'ai trahi quand j'ai tresailli

Ce que dit ainsi le profond langage
Ce parler muet de sens animaux
Sans bouche et sans yeux miroir sans image
Ce frémir d'aimer qui n'a pas de mots

Sauras-tu jamais ce que les doigts pensent
D'une proie entre eux un instant tenue
Sauras-tu jamais ce que leur silence
Un éclair aura connu d'inconnu

Donne-moi tes mains que mon coeur s'y forme
S'y taise le monde au moins un moment
Donne-moi tes mains que mon âme y dorme
Que mon âme y dorme éternellement.


Extrait du Fou d'Elsa,
Édition Gallimard

(collection Blanche)

 

 

Par nath
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Lundi 9 avril 2007 1 09 04 2007 01:01

          A la Mystérieuse

J'ai tant rêvé de toi que tu perds ta réalité. Est-il encore temps d'atteindre ce corps vivant et de baiser sur cette bouche la naissance de la voix qui m'est chère? J'ai tant rêvé de toi que mes bras habitués en étreignant ton ombre à se croiser sur ma poitrine ne se plieraient pas au contour de ton corps, peut-être. Et que, devant l'apparence réelle de ce qui me hante et me gouverne depuis des jours et des années, je deviendrais une ombre sans doute.O balances sentimentales.
J'ai tant rêvé de toi qu'il n'est
plus temps
sans doute que je m'éveille.
Je dors debout, le corps exposé à toutes
les apparences de la vie et de l'amour
et toi, la seule qui compte
aujourd' hui pour moi,
je pourrais moins
toucher ton front et tes
lèvres que les premières lèvres
et le premier front venu. J'ai tant
rêvé de toi, tant marché,
parlé, couché avec
ton fantôme qu'il ne me
reste plus peut-être, et
pourtant, qu'à être fantôme
parmi les fantômes et plus
ombre cent fois que
l'ombre qui se
promène et se
promènera
allégrement
sur le cadran
solaire de ta vie.


Robert Desnos

Extrait de "
Corps et Biens"
Poésie/Gallimard

Par nath
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Lundi 16 avril 2007 1 16 04 2007 01:06

C'est la douce loi des hommes

C'est la douce loi des hommes
Du raisin ils font du vin
Du charbon ils font du feu
Des baisers ils font des hommes

C'est la dure loi des hommes
Se garder intact malgré
Les guerres et la misère
Malgré les dangers de mort

C'est la chaude loi des hommes
De changer l'eau en lumière
Le rêve en réalité
Et les ennemis en frères

Une loi vieille et nouvelle
Qui va se perfectionnant
Du fond du coeur de l'enfant
Jusqu'à la raison suprême.

Paul Eluard

 

Par nath
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Lundi 23 avril 2007 1 23 04 2007 09:00

C H A N S O N

 

Mon cheval arrêté sous l'arbre plein de tourterelles, je siffle un sifflement si pur, qu'il n'est promesses à leurs rives que tiennent tous ces fleuves. Feuilles vivantes au matin sont à l'image de la gloire)...

Et ce n'est point qu'un homme ne soit triste, mais se levant avant le jour et se tenant avec prudence dans le commerce d'un vieil arbre,
appuyé du menton à la dernière étoile,
il voit au fond du ciel de grandes choses pures qui tournent au plaisir.

Mon cheval arrêté sous l'arbre qui roucoule, je siffle un sifflement plus pur...
Et paix à ceux qui vont mourir, qui n'ont point vu ce jour.
Mais de mon frère le poète, on a eu des nouvelles. Il a écrit encore une chose très douce. Et quelques-uns en eurent connaissance.

 

 

 

 

Saint-John Perse
Poésie/Gallimard
 

Par nath
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